Mlle Peggy,Infirmière

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94, France
Mes patients m'appellent souvent Mlle Peggy ,c'est une façon pour eux d'établir une proximité sans pour autant être trop familiers,une sorte de formule "intermédiaire" entre le tutoiement et le vouvoiement,qui leur convient et que je trouve charmante.Vous l'aurez donc compris ,mon quotidien est de soigner les corps et les âmes,"les petites histoires de Mlle Peggy" sont des brèves de vies,qui vous feront rire,parfois pleurer,souvent réfléchir,enfin qui vous laisseront rarement indifférents,je pense. Ah j'ai oublié de vous dire mais vous avez du le deviner:je suis infirmière,et je pratique mon art à domicile,en petite banlieue parisienne.Je tiens à préciser que par souçi du respect du secret médical auquel je suis soumise,les lieux,les identités des patients et leurs familles,les pathologies sont modifiés,et les faits sont romancés. Toute ressemblance avec des personnes ayant réellement existé est purement fortuite. Bonne lecture!!!

lundi 13 février 2017

Les mots doux .


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Aujourd’hui il fait froid.
Il est 6h45 lorsque je ressens le vent glacial sur mon visage.
Je relève mon col, ajuste mon écharpe, j’inspire une bouffée d’air frais et je me lance dans les rues quasi désertes.
Je consulte les patients les uns après les autres et progressivement la ville se réveille.
Vers 10h00, je me rends chez un patient qui est sorti de l’hôpital hier soir après y être resté une dizaine de jours.
Nous nous connaissons depuis plusieurs années, il me fait confiance et s’adresse souvent à moi avant de consulter le medecin.
Mr P. est un homme de 80 ans aux convictions affirmées, il fait souvent preuve de maladresses verbales voire de mauvaise éducation.
Je le soigne pourtant dès qu’il est nécessaire de le faire et il refuse de faire appel à un autre cabinet.
Pourtant je ne partage pas ses opinions politiques.
Je n’aime pas ses manières.
Je ne supporte pas l’attitude machiste dont il fait preuve à l’égard de sa femme.
J’exècre la vulgarité de ses propos.
Je n’apprécie pas sa conversation.
Pourtant, je le soigne comme tous les autres, ni mieux, ni moins bien.
 Juste de façon professionnelle, tout simplement parce que chacun doit pouvoir bénéficier des meilleurs soins possibles.
On évoque souvent la difficulté d’établir la bonne distance soignant-soigné lorsque l’on devient trop empathique mais rarement lorsque l’on ressent de l’antipathie, et pourtant c’est tout aussi difficile.
Ce matin, il est en pleine forme !
« Ah Peggy, je suis content de vous voir ! Ça va bien chez vous ? Les enfants ? »
-Bonjour Monsieur, tout le monde va bien, je vous remercie. Votre séjour s’est il bien passé ?
« Mouais tout le monde était super ! Les filles étaient chouettes, par contre elles ont un boulot dingue les pauvres ! Elles savent plus où donner la tête, il y en a une qui s’est faite engueuler parce qu’elle a fait une connerie, elle pleurait dans ma chambre pendant le soin ! Et puis on attend des plombes pour un examen, personne ne sait rien de rien. Bref le gros bordel… »
-et sinon le medecin qui vous a opéré ? Vous êtes satisfait ?
« Ouais, je l’ai vu 5 minutes avant ,5 minutes après, il m’a pris 200 balles de dépassement d’honoraires. Franchement c’est un bon taf ! Et puis je ne vous parle pas de la bouffe, j’ai pris une chambre individuelle qui m’a couté 100 balles par jour et j’avais même pas une bouteille d’eau minérale ! »
-en même temps l’hôpital n’a jamais été réputé pour son hôtellerie ! dis-je sarcastique.
« Non c’est vrai ! Heureusement, il y avait une petite négresse qui était bien gentille ! C’était l’infirmière de nuit, je lui donnais 2 balles et elle allait me chercher des bouteilles d’eau au distributeur. »
En entendant ses mots, je tressaille. Je sens un battement dans ma tempe droite taper de plus en plus rapidement.
Je ne peux pas laisser passer ça.
Je suis soignante certes mais je ne peux pas tout tolérer tendre la joue gauche et me taire.
Je dirais même que je dois réagir.
-Pardon ?
« oui une petite noiraude, très gentille, d’ailleurs le service en était plein ! Elle s’est occupé de moi pendant une semaine, et elle même venue me dire au revoir quand je suis parti. Par contre, j’ai pas retenu son prénom ! »
-Vous pouvez me rappeler ce qu’elle faisait ?
« c’était l’infirmière ! »
-et que faisait elle ?
« Ben vous savez bien, elle me soignait ! »
-et vous a-t-elle manqué de respect ?
« Oh ben non alors ! »
-alors pourquoi le faites-vous ?
« Comment ça ? »
-pourquoi manquez-vous de respect à tous ces gens qui vous ont soigné et particulièrement à celle qui vous a le plus aidé ? la petite « négresse » ?
« Ah ça mais c’est un mot affectueux ! Et puis les autres ils font ce qu’ils peuvent ! »
-non Monsieur, ce n’est pas un mot affectueux, c’est un terme raciste utilisé par les esclavagistes ! Tous ces gens qui vont ont soigné font ce qu’ils peuvent avec les maigres moyens qu’ils ont. Et ils vous ont malgré tout remis sur pieds.
Surpris, il est reste silencieux, il semble réfléchir.
-je vous souhaite une bonne après-midi Monsieur, à demain.
« A demain Peggy, et merci d’être venue. »
La situation que les soignants vivent actuellement est insupportable.
Le système se fissure de toutes parts.
La qualité des soins se dégradent.
Les patients insatisfaits ne respectent plus les soignants.
Les élections approchent, les promesses affluent…..
Nous sommes 600.000


Signez et partagez le manifeste des 600.000

https://secure.avaaz.org/fr/petition/Aux_femmes_et_hommes_politiques_aux_soignants_et_patients_Conditions_de_travail_decentes_Hausse_des_salaires_et_des_hono/?pv=57
Je vous attends nombreux au 93 avenue du bac à la Varenne saint Hilaire à la Librairie L'Eclectique pour une première rencontre dédicace des petites histoires.
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lundi 6 février 2017

BLACK MONDAY: Lettres posthumes.





Ce texte a été écrit par trois infirmières libérales, auteures du « Manifeste des 600 000 »  suite à l'annonce du suicide d'un infirmier lors de sa garde à l'hôpital Pompidou le 6 février 2017.



Myriam de "La petite infirmière Dans la prairie"

Une alerte sur mon portable, au beau milieu de ma tournée, au beau milieu d’une matinée comme les autres. Une alerte comme on en reçoit des tas. De l’information en spontané, déversée sur nos portables parce que le monde tourne tellement vite. Entre deux maisons, je regarde d’un œil distrait : un infirmier s’est suicidé. Cette information, au milieu des autres me saute au visage. Je la prends en pleine poire. Comme un uppercut… Sonnée, je lis l’article. Un mot me vient : « encore ». Encore et quoi ? Soupirer, s’indigner et continuer son chemin. Ou ne plus accepter. Parce qu’on ne met pas fin à ses jours sur son lieu de travail par hasard. A l’hôpital, on répare le vivant. C’est le rôle des soignants. Ce sont eux, qui nous reçoivent aux urgences lorsque le petit dernier a fait une mauvaise chute. Ce sont eux qui sont là, à notre réveil lorsque l’on vient de se faire opérer. Ce sont eux qui nous tiennent la main et qui nous rassure lorsque l’angoisse prend le dessus sur le reste. Ce sont eux, qui, souvent, sont là dans nos derniers instants, quand leur regard croise le notre pour la dernière fois. Ce sont aussi les mêmes qui enchaînent les journées aux cadences infernales, qui se dépatouillent en faisant ce qu’ils peuvent avec les moyens du bord. Ce sont aussi eux, qui souffrent même si souvent cette souffrance, ils la mettent en boule au fond de leur poche comme un vulgaire mouchoir en papier parce que c’est comme ça. Mais qui les écoutent lorsqu’ils n’ont plus de place dans leurs poches, lorsque la détresse prend le dessus sur tout le reste ? Qui prend en compte leur souffrance ? Ce sont nous, soignants, qui devons ne plus accepter, qui devons arrêter de soupirer en continuant notre chemin. Parce qu’un collègue qui se donne la mort, ce n’est plus acceptable…

Myriam, auteure du blog "Lapetiteinfirmière Danslaprairie"


Corinne de "La Seringue Atomique"

Je n'étais pas là cette nuit pour te tenir la main. Je n'étais pas là non plus, il y a quelques mois, pour tenter de retenir ces infirmiers qui ont dramatiquement mis fin à leurs jours. Je n'étais pas là, Nous n'étions pas là. Cette machine à broyer de l'humain qu'est devenu l'hôpital était absente elle-aussi. Notre ministre, nos politiques, les experts en la matière, tous ceux qui ne cessent de nous rabâcher les mêmes litanies à longueur d'année sur l'art et la manière de gérer les établissements de santé n'étaient pas présents eux non plus. Cette nuit, tu étais seul à trimbaler ta souffrance si bien dissimulée sous ta blouse dans les couloirs déserts de cet hôpital. Tu étais seul et tout le monde n'y a vu que du feu. Comme d'habitude, personne ne pouvait supposer qu'un tel geste pouvait être concevable. Qui aurait pu imaginer l'impensable ? Cette nuit, les patients, remplis de leur propre douleur, tentaient de trouver un sommeil qui s'obstinait à se dérober sous leurs pieds. Tes collègues, quant à eux, étaient absorbés par leurs multiples tâches. Comment un tel drame a-t-il pu arriver ? Quelle quantité de désespoir faut-il pour se jeter dans le vide, se pendre ou ingérer une dose létale de médicaments ? Quelle est la capacité d'absorption de stress, d'angoisses ou d'anxiété d'un être humain avant d'arriver au point de non retour. Quelle est l'ultime goutte qui fait déborder le vase ?
Je suis navrée d'avoir à me répéter aujourd'hui . Je suis exaspérée de redire encore et encore, ô combien il faut prendre soin des soignants de ce pays. Je n'ai d'ailleurs plus les mots pour le dire. Les questions se bousculent, je n'ai pas de réponses mais ce que je sais, c'est que ça ne peut plus durer. Je sais qu'il faut absolument que les choses changent. Il est urgent que les infirmiers défendent leurs droits et la qualité de leur travail pour empêcher que ces drames ne deviennent des habitudes. Il faut écrire, raconter et témoigner pour que toutes ces morts ne soient pas inutiles, pour
leurs familles, pour ne pas les oublier et pour qu'elles deviennent les leviers du changement.

Corinne, auteure du blog "La seringue Atomique"


Peggy de "Les petites histoires de Mlle Peggy"

Ce lundi, je ne travaille pas Un repos bien mérité après plusieurs jours de travail intense, durant lesquels j’ai écouté chacun de mes patients, j’ai pansé les plaies mais aussi les âmes des uns et des autres. Je me suis levée tôt, je me suis couchée tard chaque jour pour affronter la douleur de chacun. Durant des jours entiers, je n’ai fréquenté que des humains en souffrance, très souvent en silence et toujours seule. Toujours seule car il est difficile de parler de notre quotidien à ceux qui ne le connaissent pas car ils ne le comprennent pas toujours. Il faut donc affronter la maladie et tout ce qu’elle engendre, l’angoisse de la mort du patient mais aussi de sa famille, seul. Sans en parler. En silence. Quand le poids du malheur devient trop lourd, on s’évade, on sort, on a soif de rencontres de gens apparemment heureux et « sains », on se saoule de musiques, de couleurs, d’amour, de baisers d’enfants et de rires. Tout va mieux, on se reconnecte à la vie insouciante, celle qui ne pose pas le dilemme du lendemain , d’un futur incertain voir improbable …. Et puis, lorsque le repos prend fin, on remet alors son costume de lumière, vous savez celui de « super héros », sourire vissé au visage, douze à quinze heures durant, on doit être capable de tout supporter de tout entendre, il est interdit de juger, on doit forcément comprendre et accepter. En silence. Alors on repart au combat et on encaisse les coups. Pourtant parfois, certains n’ont pas la force de repartir. Certains n’ont plus la force de continuer. Ce lundi 6 février, je ne travaille pas. La journée va être légère, mes enfants sont en vacances , j’ai décidé que je resterai au chaud à ne rien faire, juste laisser s’écouler le temps , doucement. Sans rendez-vous qui s’enchaînent de manière frénétique. Sans cette succession de minutes qui représente un déplacement chez un patient, un rendez-vous au cabinet qu’il faut décaler faute de ce temps qui passe trop vite, beaucoup trop vite. Ce matin, je ne travaille pas. Le temps n’aura pas d’emprise sur moi. Le téléphone sonne, une amie infirmière du bout monde m’appelle et me dit : « Tu as lu les informations ? Un infirmier s’est suicidé cette nuit à Paris, à Pompidou dans son service ! Je suis bouleversée ! » Ce lundi, je ne travaille pas. La journée sera consacrée à réfléchir et à écrire un texte rendant hommage à un homme qui comme moi, comme mes 600000 confrères et consœurs consacrent la majeure partie de leur temps à panser les plaies mais aussi les âmes des uns et des autres et qui n’a trouvé personne pour prendre soin de lui. Personne pour l’écouter, le soutenir, le soulager, ni panser ses plaies. Et personne pour parler de cet énième drame qui touche le monde soignant. Les médias vont certainement mettre cette affaire sur le compte de problèmes familiaux et ainsi la classer au rayon des faits divers. Par ces allégations, ils infligent une double peine aux familles, celle de la perte de l’être cher et celle de la culpabilité, dédouanant ainsi l’institution. Sixième suicide en neuf mois, après Toulouse, le Havre, Saint-Calais, près du Mans, et Reims. Aujourd‘hui je ne travaille pas. J’ai décidé que je rendrais hommage à tous ces infirmiers qui meurent sous le poids du stress, du manque d’encadrement, d’écoute, de considération, d’humanité et que l’on sacrifie sur l’autel des objectifs financiers de plus en plus lourds. Aujourd’hui, je veux rendre hommage à une profession toute entière qui est en souffrance et dont personne ne voit les morts et n’entend les larmes et les cris. Ce lundi 6 février je ne travaille pas. J’ai décidé que j’écrirais aux familles des victimes, pour leur dire ma peine mais surtout pour leur présenter mes très sincères condoléances et leur assurer qu’ils ne sont pas seuls et qu’ils ne sont pas responsables de ces drames humains mais que c’est bien le système de santé actuel qui l’est . Aujourd’hui, je ne travaille pas. Et encore une fois, j’écris que notre profession a besoin d’aide.

Peggy, auteure du blog "Les petites histoires de Mlle Peggy"

A  tous les membres du gouvernement :  Nous sommes aujourd'hui environ 600 000 infirmiers en souffrance, 600 000 infirmiers maltraités, 600 000 infirmiers qui n'attendent que votre
soutien.
Aux patients, aux familles, à tous ceux qui, un jour ou l'autre, auront besoin d'un infirmier : Nous avons plus que jamais besoin de vous pour préserver la qualité de nos soins. Nous avons besoin de vos voix pour nous faire entendre. A toi qui lis ce manifeste : Nous avons besoin de ta signature pour enfin être entendus !".


Retrouvez l'actualité des petites histoires sur la page fb

 Pour signer, c'est par ici ►https://secure.avaaz.org/fr/petition/Aux_femmes_et_hommes_politiques_aux_soignants_et_ patients_Conditions_de_travail_decentes_Hausse_des_salaires_et_des_hono/?copy&utm_sour ce=sharetools&utm_medium=copy&utm_campaign=petition-406933Aux_femmes_et_hommes_politiques_aux_soignants_et_patients_Conditions_de_travail_dece ntes_Hausse_des_salaires_et_des_hono&utm_term=noHash%2Bfr Myriam, Corinne, Peggy, trois  infirmières parmi 600 000 ...

dimanche 5 février 2017

Manifeste des 600.000

Parce qu'il est temps de dire haut et fort ce que vivent les infirmiers quelque soit leur exercice partout en France, parce qu'il est temps que l'opinion publique se fasse sur des témoignages concrets, de professionnels et non de journalistes qui cherchent l' info qui choque mais qui plait.

MANIFESTE DES 600 000 !


Ce manifeste a été écrit par quatre infirmières exerçant au quotidien auprès des malades partout en France. Elles sont également blogueuses et observent chaque jour le malaise et le mal être de beaucoup de leurs confrères et consœurs. Ce manifeste est pour eux mais aussi pour tous ceux qui fréquentent, vivent, encouragent, soutiennent chaque jour les infirmiers partout sur le territoire français.

► Je suis Paul, étudiant en soins infirmiers de troisième année. Si tout va bien, je serai bientôt diplômé. Dans ma famille, nous sommes nombreux à exercer ou à avoir exercé des professions liées aux soins. C'est un peu comme si chacun de nous était tombé dans une potion magique à la naissance. Mon arrière grand‐père me parle souvent de la guerre, de sa guerre à lui pour sauver des vies lors du débarquement de Normandie. Ma grand‐mère me raconte Mai 68 et les barricades sur lesquelles elle s'est battue pour les droits des femmes et des salaires décents. Ma mère me dit ô combien il était aisé de trouver un poste d'infirmière dans les années 90. Elle me parle de l'amour qu'elle avait pour son métier, des étudiants qu'elle prenait plaisir à encadrer, du temps qu'elle passait avec eux et de sa satisfaction à les voir évoluer.
Je suis Paul, étudiant en soins infirmiers de troisième année. Si tout va bien, je serai bientôt diplômé. Hélas, je suis conscient de mes lacunes et de la détermination dont il me faudra faire preuve pour les combler. Durant ces 36 mois de formation, J'ai été peu encadré lors de mes stages. Il n'y a personne à incriminer en particulier, seul le manque de temps ou de personnel peuvent être responsables de telles situations. 
Dans les services qui m'ont accueilli, J'ai souvent eu le sentiment confus de boucher des trous, de colmater des brèches, de plâtrer du mieux que je pouvais et ce, avec un professionnalisme plus qu' hasardeux.
Je suis Paul, étudiant en soins infirmiers de troisième année. Si tout va bien, je serai bientôt diplômé. Je suis impatient d'entrer dans la vie active mais j'avoue que l'avenir me fait peur. 
Ces dernières années, les nouveaux infirmiers fraîchement débarqués sur le marché du travail ont eu des difficultés à trouver un emploi. Certains même ont dû se reconvertir ou simplement accepter des postes dans d'autres secteurs d'activités. Depuis quelques temps, le chômage a fait son entrée dans la profession. Pourtant, de nombreuses voix s'élèvent pour dénoncer les manques d'effectifs dans les hôpitaux de ce pays. 
Les soignants ne cessent de crier leur ras‐le‐bol, leur fatigue, leur impuissance à soigner des patients de plus en plus nombreux. Ils parlent souvent de cette démotivation croissante dont ils sont victimes, qui égratigne chaque jour une peu plus l'amour qu'ils ont pour leurs métiers. Je suis Paul, étudiant en soins infirmiers de troisième année et je dis NON à la précarité de l'emploi dans un pays où l'on parle de qualité et d'efficience. Je suis Paul, étudiant en soins infirmiers de troisième année et je dis NON aux diminutions d'effectifs et à la médecine comptable. Je suis Paul, étudiant en soins infirmiers de troisième année et je veux pouvoir exercer mon futur métier avec passion dans de bonnes conditions. Je suis Paul, étudiant en soins infirmiers de troisième année et je veux être un professionnel de santé efficace et compétent.

Corinne, infirmière libérale et auteur du blog « la seringue
atomique » 
http://laseringueatomik.canalblog.com/

► Je suis Juliette, infirmière dans une clinique de province. J'y travaille depuis un an, depuis que je suis dans la région. Je viens d'acheter une maison alors, un CDI, c'est toujours mieux lorsque l'on franchit les portes d'une banque. À la clinique, ils me l'ont proposé tout de suite le CDI parce que les infirmières qui veulent rester dans le coin, ça ne court pas les rues. Une petite ville de province dans le centre de la France, où le boulot se fait rare, ça n'attire pas les foules.
Je suis Juliette, infirmière dans une clinique de province. Une clinique rachetée par un fonds de pension parce que c'est comme cela qu'elle survit. Une clinique où soin rime avec rentabilité, où le patient est aussi un client.
Je suis Juliette, infirmière dans une clinique de province. Je sais que je ne ferai pas ma carrière ici. Je reste pour le moment faute de mieux mais, bientôt, je partirai vers d'autres horizons, pas forcément plus glorieux mais mieux payés en tout cas. 
Je suis Juliette, infirmière dans une clinique de province et Je gagne 1500 euros en travaillant à temps plein avec deux weekends par mois. J'ai ma besace pleine d'heures sup' mais peu sont payées et les récupérer, je n'y pense même pas.
Je suis Juliette, infirmière dans une clinique de province. Souvent, lorsque je suis en repos, le téléphone sonne parce qu'il n'y a personne pour " tenir" le service et que je dois revenir bosser.
Je suis Juliette, infirmière dans une clinique de province. Le soir, j'ai mal aux jambes à cause de tous ces kilomètres parcourus dans la journée. Le soir, j'ai mal au dos à cause de tous ces corps meurtris que l'on doit manipuler. Le soir, j'ai mal au cœur à cause de toute cette souffrance côtoyée.
Je sais qu'à ce rythme, je ne tiendrai pas jusqu'à la retraite parce qu'à force, ce sera mon corps qui souffrira. Quant à ma tête, elle souffre déjà du manque de reconnaissance, des conditions de travail et du salaire qui ne suit pas. Alors que je ne suis qu'au tout début de ma carrière.
Je suis Juliette, infirmière dans une clinique de province et j'ai peur. Tous les jours, j'ai peur de me tromper, de commettre l'irréparable parce que soigner dans les conditions actuelles ressemble davantage à du travail à la chaîne. Parce qu'il faut remplir le plus de lits, faire sortir les gens de plus en plus vite pour en accueillir d'autres.
Je suis Juliette, infirmière dans une clinique de province et je suis inquiète pour mon avenir. Je suis inquiète parce que, de plus en plus souvent, j'en ai marre de ce métier que j'aime pourtant passionnément. Marre de voir mes collègues quitter le navire les uns après les autres parce qu'ils n'en peuvent plus, parce que travailler comme ça ce n'est plus envisageable.
Je suis Juliette, infirmière dans une clinique de province et je veux continuer à exercer mon métier. Je veux rester infirmière. Je ne veux pas faire autre chose mais je veux faire mon métier dans des conditions acceptables. Je veux pouvoir travailler dans la sérénité, non dans le stress et la rentabilité. Je veux que ma profession soit écoutée, entendue et soutenue.

Myriam, infirmière libérale et auteur du blog : « La petite
infirmière dans la prairie »
 http://www.lapetiteinfirmieredanslaprairie.com/

► Je suis Lou, j’ai quarante‐cinq ans, je suis mariée et je suis
mère de deux enfants. Je suis infirmière libérale depuis quinze
ans. J’ai travaillé plusieurs années à l’hôpital et quand les
conditions d’exercice sont devenues trop difficiles à cause du
manque de personnel, les objectifs financiers prenant le pas sur la prise en charge globale et humaine du patient, j’ai pris la décision de quitter la fonction publique et de m’installer en libéral.
Je suis Lou et j’ai créé mon cabinet infirmier seule il y a quinze
ans. Quinze ans de journées aux amplitudes horaires très larges pour pouvoir créer une patientèle qui rende mon activité viable. Quinze ans de travail acharné. Quinze ans de charges sociales importantes à payer et qui s’alourdissent chaque année un peu plus. Quinze ans d’exercice rigoureux, professionnel, attentif, face à des centaines de patients satisfaits et pourtant. Quinze ans à recevoir des honoraires dont le prix moyen est de cinq euros et qui n’a quasiment pas augmenté depuis trente ans. Quinze ans que je me déplace chaque jour au domicile de mes patients pour moins de trois euros. Quinze ans de travail ponctué par des périodes de vacances trop courtes. Quinze ans que je prends soin des autres et que je ne peux me permettre de m’arrêter malgré une sciatique persistante faute de protection sociale suffisante. Quinze ans que je cherche régulièrement un remplaçant ou un collaborateur que cette vie au long terme, n’effraie pas trop. Quinze ans que je vois des consœurs et des confrères qui abandonnent l’aventure du libéral usés physiquement et psychologiquement après y avoir investi une partie de leur vie et de leur énergie. Quinze ans que je vois des infirmiers maltraités, mourir dans un silence médiatique et politique scandaleux. Quinze ans de solitude. Quinze ans d’absence de considération. Quinze ans que les médias ne montrent que ce qui fait vendre et non ce qui pourrait nous permettre d’exister. Quinze ans pourtant, que je vois partout autour de moi, des infirmiers de bonne volonté montant au créneau, interpelant les médias, les pouvoirs politiques et les alerter sur l’état des lieux de notre profession.
Je suis Lou, je suis infirmière libérale, j’ai quarante‐cinq ans et
quinze ans après mon installation, je sais qu’il me reste encore trente ans à tenir ce rythme. Encore trente ans à tenir ce rythme. Trente ans à se lever à 5h00 du matin été comme hiver. Trente ans à travailler 15 heures par jour quasiment 7 jours sur 7. Trente ans à conduire des dizaines de kilomètres par jour de jour comme de nuit. Trente ans à monter et descendre des centaines de marches. Trente ans à porter des patients lourds, dépendants et handicapés, seule, à la seule force de mes bras. Trente ans à travailler dans l’ombre, obstinément. Après avoir passé ma vie à prendre soin des autres, qui prendra soin de moi.
Je suis Lou, je suis infirmière libérale et dans trente ans, j’aurai soixante‐quinze ans. Aurais‐je accès à un système de santé efficace et performant ? Dans trente ans, la pension de retraite que me reversera la Carpimko me permettra‐t‐elle de vivre dignement et d’avoir accès aux soins dont j’aurai besoin ? Dans trente ans, l’hôpital public existera‐t‐il encore ou aura‐t‐il laissé place à une médecine privée et chère ? Dans trente ans, il sera trop tard pour agir. Il est certain que je trouverai une solution pour ne pas avoir à vivre les trente prochaines années de ma vie professionnelle de cette façon. Comme beaucoup.
Je suis Lou, je suis infirmière libérale et je veux que les choses changent. C’est aujourd’hui que notre profession doit être soutenue, reconnue, et respectée. Protéger et préserver les soignants est essentiel. Simplement pour que notre système de santé reste performant et accessible à tous, aujourd’hui et pour les générations futures. 

Peggy, infirmière libérale et auteur de « les petites
histoires de Mlle Peggy »
https://www.facebook.com/Les‐petites‐histoires‐de‐Mlle‐Peggy‐563008933815238/?fref=ts

► Je m’appelle Charline, mais on s’en fiche pas mal. 
On s’en fiche parce qu’au final, je pourrais être ta fille, ta femme, ta pote, ta voisine ou cette autre qui tient cette aiguille plantée au pli de ton coude. Je suis Charline et je suis infirmière. Mais ça, on s’en fiche pas mal. Je suis Charline et je suis infirmière libérale mais je pourrais être l’infirmière qui t’accueille aux urgences, celle qui soigne ton tout‐petit en pédiatrie, celle qui soigne ton vieux en gériatrie. Celle qui s’occupera de toi à ton réveil de chirurgie, celle qui tiendra la main de celui qui s’endort, que tu aimes et que tu as tellement de peine à voir mourir… 
Je suis celle qui tient les pinces, les aiguilles et qui te touche de ses mains gantées de latex blanc en continuant de te sourire alors que tu auras perdu le tien.
Je suis infirmière, une parmi 600 000 en France et on s’en fiche pas mal… On s’en fiche parce qu’aujourd’hui, en France, quand nous, les soignants, sommes dans la rue au lieu d’arpenter les couloirs de nos services de soins, nous devons faire face au silence des médias, de l’État et des institutions qui nous embauchent. On s’en fiche, car j’ai l’impression que tout le monde se rattache à cette image de nonne qui nous colle à la couenne. A cette cornette qui aujourd’hui me gratte la tête, capable de soigner malgré tout, malgré le pire, malgré les conditions de travail qui aujourd’hui nous font mourir. Les récents suicides d’infirmiers en sont la preuve, aujourd’hui on meurt parfois de vous soigner. 
Mais on s’en fiche pas mal car il y aura toujours des infirmières pour remplacer celles qui se tuent, celles qui s’arrêtent, celles qui s’épuisent, pas vrai ? Enfin ça, c’est peut‐être ce que tu te dis, toi qui est en train de me lire. Mais il est une réalité que tu ne perçois peut‐être pas alors que tu es couché sous les draps sentant le désinfectant de l’hôpital qui t’accueille, alors que tu râles en attendant ton tour aux urgences, alors que tu pestes devant la libérale arrivée encore une fois en retard : la santé française est malade et les soignants sont en souffrance de devoir se battre à conjuguer santé et rentabilité en vue de combler le sacrosaint trou de la sécu que l’État s’évertue à combler en y jetant les blouses blanches et la qualité de tes soins. La santé de tous est en danger, sans moyens pour mieux vous soigner et sans vous à nos côtés, ce sont vos soignants et votre santé que vous condamnez !

Charline, infirmière libérale et auteur du blog « C’est
l’infirmière ! Brèves et chroniques d’une infirmière
rurale » 
http://cestlinfirmiere.blogspot.com/

A tous les membres du gouvernement : Nous sommes aujourd'hui environ 600 000 infirmiers en souffrance, 600 000 infirmiers maltraités, 600 000 infirmiers qui n'attendent que votre soutien. Aux patients, aux familles, à tous ceux qui, un jour ou l'autre, auront besoin d'un infirmier : Nous avons plus que jamais besoin de vous pour préserver la qualité de nos soins. Nous avons besoin de vos voix pour nous faire entendre. 
A toi qui lis ce manifeste : Nous avons besoin de ta signature pour enfin être entendus !".

Corinne, Myriam, Peggy, Charline, quatre infirmières parmi 600 000 ... 
Ce manifeste a été écrit par quatre infirmières exerçant au quotidien auprès des malades partout en France. Elles sont également blogueuses et observent chaque jour le malaise et le mal être de beaucoup de leurs confrères et consœurs. Ce manifeste est pour eux mais aussi pour tous ceux qui fréquentent, vivent, encouragent, soutiennent chaque jour les infirmiers partout sur le territoire français.► Je suis Paul, étudiant en soins infirmiers de troisième année. Si tout va bien, je serai bientôt diplômé. Dans ma famille, nous sommes nombreux à exercer ou à avoir exercé des professions liées aux soins. C'est un peu comme si chacun de nous était tombé dans une potion magique à la naissance. Mon arrière grand‐père me parle souvent de la guerre, de sa guerre à lui pour sauver des vies lors du débarquement de Normandie. Ma grand‐mère me raconte Mai 68 et les barricades sur lesquelles elle s'est battue pour les droits des femmes et des salaires décents. Ma mère me dit ô combien il était aisé de trouver un poste d'infirmière dans les années 90. Elle me parle de l'amour qu'elle avait pour son métier, des étudiants qu'elle prenait plaisir à encadrer, du temps qu'elle passait avec eux et de sa satisfaction à les voir évoluer.
Je suis Paul, étudiant en soins infirmiers de troisième année. Si tout va bien, je serai bientôt diplômé. Hélas, je suis conscient de mes lacunes et de la détermination dont il me faudra faire preuve pour les combler. Durant ces 36 mois de formation, J'ai été peu encadré lors de mes stages. Il n'y a personne à incriminer en particulier, seul le manque de temps ou de personnel peuvent être responsables de telles situations. 
Dans les services qui m'ont accueilli, J'ai souvent eu le sentiment confus de boucher des trous, de colmater des brèches, de plâtrer du mieux que je pouvais et ce, avec un professionnalisme plus qu' hasardeux.
Je suis Paul, étudiant en soins infirmiers de troisième année. Si tout va bien, je serai bientôt diplômé. Je suis impatient d'entrer dans la vie active mais j'avoue que l'avenir me fait peur. 
Ces dernières années, les nouveaux infirmiers fraîchement débarqués sur le marché du travail ont eu des difficultés à trouver un emploi. Certains même ont dû se reconvertir ou simplement accepter des postes dans d'autres secteurs d'activités. Depuis quelques temps, le chômage a fait son entrée dans la profession. Pourtant, de nombreuses voix s'élèvent pour dénoncer les manques d'effectifs dans les hôpitaux de ce pays. 
Les soignants ne cessent de crier leur ras‐le‐bol, leur fatigue, leur impuissance à soigner des patients de plus en plus nombreux. Ils parlent souvent de cette démotivation croissante dont ils sont victimes, qui égratigne chaque jour une peu plus l'amour qu'ils ont pour leurs métiers. Je suis Paul, étudiant en soins infirmiers de troisième année et je dis NON à la précarité de l'emploi dans un pays où l'on parle de qualité et d'efficience. Je suis Paul, étudiant en soins infirmiers de troisième année et je dis NON aux diminutions d'effectifs et à la médecine comptable. Je suis Paul, étudiant en soins infirmiers de troisième année et je veux pouvoir exercer mon futur métier avec passion dans de bonnes conditions. Je suis Paul, étudiant en soins infirmiers de troisième année et je veux être un professionnel de santé efficace et compétent.

Corinne, infirmière libérale et auteur du blog « la seringue
atomique » 
http://laseringueatomik.canalblog.com/

► Je suis Juliette, infirmière dans une clinique de province. J'y travaille depuis un an, depuis que je suis dans la région. Je viens d'acheter une maison alors, un CDI, c'est toujours mieux lorsque l'on franchit les portes d'une banque. À la clinique, ils me l'ont proposé tout de suite le CDI parce que les infirmières qui veulent rester dans le coin, ça ne court pas les rues. Une petite ville de province dans le centre de la France, où le boulot se fait rare, ça n'attire pas les foules.
Je suis Juliette, infirmière dans une clinique de province. Une clinique rachetée par un fonds de pension parce que c'est comme cela qu'elle survit. Une clinique où soin rime avec rentabilité, où le patient est aussi un client.
Je suis Juliette, infirmière dans une clinique de province. Je sais que je ne ferai pas ma carrière ici. Je reste pour le moment faute de mieux mais, bientôt, je partirai vers d'autres horizons, pas forcément plus glorieux mais mieux payés en tout cas. 
Je suis Juliette, infirmière dans une clinique de province et Je gagne 1500 euros en travaillant à temps plein avec deux weekends par mois. J'ai ma besace pleine d'heures sup' mais peu sont payées et les récupérer, je n'y pense même pas.
Je suis Juliette, infirmière dans une clinique de province. Souvent, lorsque je suis en repos, le téléphone sonne parce qu'il n'y a personne pour " tenir" le service et que je dois revenir bosser.
Je suis Juliette, infirmière dans une clinique de province. Le soir, j'ai mal aux jambes à cause de tous ces kilomètres parcourus dans la journée. Le soir, j'ai mal au dos à cause de tous ces corps meurtris que l'on doit manipuler. Le soir, j'ai mal au cœur à cause de toute cette souffrance côtoyée.
Je sais qu'à ce rythme, je ne tiendrai pas jusqu'à la retraite parce qu'à force, ce sera mon corps qui souffrira. Quant à ma tête, elle souffre déjà du manque de reconnaissance, des conditions de travail et du salaire qui ne suit pas. Alors que je ne suis qu'au tout début de ma carrière.
Je suis Juliette, infirmière dans une clinique de province et j'ai peur. Tous les jours, j'ai peur de me tromper, de commettre l'irréparable parce que soigner dans les conditions actuelles ressemble davantage à du travail à la chaîne. Parce qu'il faut remplir le plus de lits, faire sortir les gens de plus en plus vite pour en accueillir d'autres.
Je suis Juliette, infirmière dans une clinique de province et je suis inquiète pour mon avenir. Je suis inquiète parce que, de plus en plus souvent, j'en ai marre de ce métier que j'aime pourtant passionnément. Marre de voir mes collègues quitter le navire les uns après les autres parce qu'ils n'en peuvent plus, parce que travailler comme ça ce n'est plus envisageable.
Je suis Juliette, infirmière dans une clinique de province et je veux continuer à exercer mon métier. Je veux rester infirmière. Je ne veux pas faire autre chose mais je veux faire mon métier dans des conditions acceptables. Je veux pouvoir travailler dans la sérénité, non dans le stress et la rentabilité. Je veux que ma profession soit écoutée, entendue et soutenue.

Myriam, infirmière libérale et auteur du blog : « La petite
infirmière dans la prairie »
 http://www.lapetiteinfirmieredanslaprairie.com/

► Je suis Lou, j’ai quarante‐cinq ans, je suis mariée et je suis
mère de deux enfants. Je suis infirmière libérale depuis quinze
ans. J’ai travaillé plusieurs années à l’hôpital et quand les
conditions d’exercice sont devenues trop difficiles à cause du
manque de personnel, les objectifs financiers prenant le pas sur la prise en charge globale et humaine du patient, j’ai pris la décision de quitter la fonction publique et de m’installer en libéral.
Je suis Lou et j’ai créé mon cabinet infirmier seule il y a quinze
ans. Quinze ans de journées aux amplitudes horaires très larges pour pouvoir créer une patientèle qui rende mon activité viable. Quinze ans de travail acharné. Quinze ans de charges sociales importantes à payer et qui s’alourdissent chaque année un peu plus. Quinze ans d’exercice rigoureux, professionnel, attentif, face à des centaines de patients satisfaits et pourtant. Quinze ans à recevoir des honoraires dont le prix moyen est de cinq euros et qui n’a quasiment pas augmenté depuis trente ans. Quinze ans que je me déplace chaque jour au domicile de mes patients pour moins de trois euros. Quinze ans de travail ponctué par des périodes de vacances trop courtes. Quinze ans que je prends soin des autres et que je ne peux me permettre de m’arrêter malgré une sciatique persistante faute de protection sociale suffisante. Quinze ans que je cherche régulièrement un remplaçant ou un collaborateur que cette vie au long terme, n’effraie pas trop. Quinze ans que je vois des consœurs et des confrères qui abandonnent l’aventure du libéral usés physiquement et psychologiquement après y avoir investi une partie de leur vie et de leur énergie. Quinze ans que je vois des infirmiers maltraités, mourir dans un silence médiatique et politique scandaleux. Quinze ans de solitude. Quinze ans d’absence de considération. Quinze ans que les médias ne montrent que ce qui fait vendre et non ce qui pourrait nous permettre d’exister. Quinze ans pourtant, que je vois partout autour de moi, des infirmiers de bonne volonté montant au créneau, interpelant les médias, les pouvoirs politiques et les alerter sur l’état des lieux de notre profession.
Je suis Lou, je suis infirmière libérale, j’ai quarante‐cinq ans et
quinze ans après mon installation, je sais qu’il me reste encore trente ans à tenir ce rythme. Encore trente ans à tenir ce rythme. Trente ans à se lever à 5h00 du matin été comme hiver. Trente ans à travailler 15 heures par jour quasiment 7 jours sur 7. Trente ans à conduire des dizaines de kilomètres par jour de jour comme de nuit. Trente ans à monter et descendre des centaines de marches. Trente ans à porter des patients lourds, dépendants et handicapés, seule, à la seule force de mes bras. Trente ans à travailler dans l’ombre, obstinément. Après avoir passé ma vie à prendre soin des autres, qui prendra soin de moi.
Je suis Lou, je suis infirmière libérale et dans trente ans, j’aurai soixante‐quinze ans. Aurais‐je accès à un système de santé efficace et performant ? Dans trente ans, la pension de retraite que me reversera la Carpimko me permettra‐t‐elle de vivre dignement et d’avoir accès aux soins dont j’aurai besoin ? Dans trente ans, l’hôpital public existera‐t‐il encore ou aura‐t‐il laissé place à une médecine privée et chère ? Dans trente ans, il sera trop tard pour agir. Il est certain que je trouverai une solution pour ne pas avoir à vivre les trente prochaines années de ma vie professionnelle de cette façon. Comme beaucoup.
Je suis Lou, je suis infirmière libérale et je veux que les choses changent. C’est aujourd’hui que notre profession doit être soutenue, reconnue, et respectée. Protéger et préserver les soignants est essentiel. Simplement pour que notre système de santé reste performant et accessible à tous, aujourd’hui et pour les générations futures. 

Peggy, infirmière libérale et auteur de « les petites
histoires de Mlle Peggy »
https://www.facebook.com/Les‐petites‐histoires‐de‐Mlle‐Peggy‐563008933815238/?fref=ts

► Je m’appelle Charline, mais on s’en fiche pas mal. 
On s’en fiche parce qu’au final, je pourrais être ta fille, ta femme, ta pote, ta voisine ou cette autre qui tient cette aiguille plantée au pli de ton coude. Je suis Charline et je suis infirmière. Mais ça, on s’en fiche pas mal. Je suis Charline et je suis infirmière libérale mais je pourrais être l’infirmière qui t’accueille aux urgences, celle qui soigne ton tout‐petit en pédiatrie, celle qui soigne ton vieux en gériatrie. Celle qui s’occupera de toi à ton réveil de chirurgie, celle qui tiendra la main de celui qui s’endort, que tu aimes et que tu as tellement de peine à voir mourir… 
Je suis celle qui tient les pinces, les aiguilles et qui te touche de ses mains gantées de latex blanc en continuant de te sourire alors que tu auras perdu le tien.
Je suis infirmière, une parmi 600 000 en France et on s’en fiche pas mal… On s’en fiche parce qu’aujourd’hui, en France, quand nous, les soignants, sommes dans la rue au lieu d’arpenter les couloirs de nos services de soins, nous devons faire face au silence des médias, de l’État et des institutions qui nous embauchent. On s’en fiche, car j’ai l’impression que tout le monde se rattache à cette image de nonne qui nous colle à la couenne. A cette cornette qui aujourd’hui me gratte la tête, capable de soigner malgré tout, malgré le pire, malgré les conditions de travail qui aujourd’hui nous font mourir. Les récents suicides d’infirmiers en sont la preuve, aujourd’hui on meurt parfois de vous soigner. 
Mais on s’en fiche pas mal car il y aura toujours des infirmières pour remplacer celles qui se tuent, celles qui s’arrêtent, celles qui s’épuisent, pas vrai ? Enfin ça, c’est peut‐être ce que tu te dis, toi qui est en train de me lire. Mais il est une réalité que tu ne perçois peut‐être pas alors que tu es couché sous les draps sentant le désinfectant de l’hôpital qui t’accueille, alors que tu râles en attendant ton tour aux urgences, alors que tu pestes devant la libérale arrivée encore une fois en retard : la santé française est malade et les soignants sont en souffrance de devoir se battre à conjuguer santé et rentabilité en vue de combler le sacrosaint trou de la sécu que l’État s’évertue à combler en y jetant les blouses blanches et la qualité de tes soins. La santé de tous est en danger, sans moyens pour mieux vous soigner et sans vous à nos côtés, ce sont vos soignants et votre santé que vous condamnez !

Charline, infirmière libérale et auteur du blog « C’est
l’infirmière ! Brèves et chroniques d’une infirmière
rurale » 
http://cestlinfirmiere.blogspot.com/

A tous les membres du gouvernement : Nous sommes aujourd'hui environ 600 000 infirmiers en souffrance, 600 000 infirmiers maltraités, 600 000 infirmiers qui n'attendent que votre soutien. Aux patients, aux familles, à tous ceux qui, un jour ou l'autre, auront besoin d'un infirmier : Nous avons plus que jamais besoin de vous pour préserver la qualité de nos soins. Nous avons besoin de vos voix pour nous faire entendre. 
A toi qui lis ce manifeste : Nous avons besoin de ta signature pour enfin être entendus !".

Corinne, Myriam, Peggy, Charline, quatre infirmières parmi 600 000 

C'est ici :

 https://secure.avaaz.org/fr/petition/Aux_femmes_et_hommes_politiques_aux_soignants_et_patients_Conditions_de_travail_decentes_Hausse_des_salaires_et_des_hono/?cdIIihb&utm_source=sharetools&utm_medium=copy&utm_campaign=petition-406933-Aux_femmes_et_hommes_politiques_aux_soignants_et_patients_Conditions_de_travail_decentes_Hausse_des_salaires_et_des_hono&utm_term=dIIihb%2Bfr





Il est prêt!!!



Le voila! Il est prêt, " les petites histoires de Mademoiselle Peggy sera disponible en libraire le 23 février 2017 aux Editions Digobar!

Vous ouvez l'acquerir en souscription sur le site de l'éditeur jusqu'au 16 février prochain et le recevoir chez vous!

http://www.digobar.fr/catalog/les-petites-histoires-de-mademoiselle-peggy/

Une belle aventure commence. :)

jeudi 10 décembre 2015

Les mères.

A quelques jours de la présumée sinistre prise de pouvoir de l'extrême droite à la tete de plusieurs régions françaises, une expérience personnelle me revient en mémoire, une particulière parmi tant d'autre que j'ai envie de vous raconter.

Cette histoire n'est pas une histoire de soins à proprement parler mais d'Estime de soi , de Respect de l'Autre, de Considération, d'Égalité entre les Hommes.

2001, Paris BHV Rivoli.

Je me promène dans le rayon électroménager de ce grand magasin Parisien avec mon bébé de quelques mois à la recherche d'une nouvelle centrale vapeur. D'humeur joyeuse comme à chaque fois que je fais du shopping, je parcours les allées tranquillement en m'extasiant devant chaque article.
 Il fait chaud et Hugo commence à montrer des signes de soif, je décide de lui donner le sein tout en poursuivant ma prospection. Ravi, il se cale dans le porte bébé confortablement et commence sa tétée nomade.
Les regards que nous croisons sont variés et parlent d'eux-mêmes: beaucoup sont attendris, d'autres semblent gênés et se détournent, certains sont désapprobateurs. En France les femmes osent peu donner le sein en public par rapport à d'autres pays Européens et le font encore moins lorsque l'enfant a dépassé l'àge de six mois.
En ce qui me concerne, je nourris mes enfants à la demande, en tous lieux, et à toute heure à partir du moment ou ils en ressentent le besoin, je suis ce qu'on appelle une mère non pas poule mais louve!

Je continue donc ma progression dans les rayons avec mon louveteau contre mon sein.
Une  femme âgée d'une soixantaine d'années vêtue d'un splendide vison trois quart et coiffée d'un feutre chocolat s'approche de moi et regarde Hugo qui leve ses splendides yeux bleus vers elle:

"Oh c'est un très beau bébé! C'est bien vous le nourrissez!"

 Flattée par sa réflexion, j'acquiesce de la tete, en lui adressant un sourire de peine satisfaction.

"On n'en voit plus beaucoup des gens comme vous?"

-Oh c'est vrai que l'allaitement a recule en France ces dernieres années mais il restent encore des femmes qui le pratiquent.

"Oui, oui et puis les qualités nutritionnelles sont incontestables.
Moi j'ai pas pu mais je n'ai pas trouvé quelqu'un comme vous.... Et puis il faut dire aussi que ça libère la mère..."

Mon sang se glace, mes mains se crispent sur le dos de mon enfant, j'ai peur de comprendre ce que me dit cette femme...

-Comment ca "ça libere la mère" ???

"Et bien oui pendant que vous le nourrissez, elle peut vaquer à d'autres occupations, sortir, se reposer."

Je reçois sa réplique comme un coup au ventre. Je passe ma main dans les cheveux blond de mon fils qui me lance un regard aimant et confiant. Je remarque peut-être pour la première fois de notre vie commune sa peau blanche sur mon sein  métissée, ses petites mains sur ma peau dorée par nos récentes vacances au soleil, et je réalise n'avoir jamais vu ces différences entre lui et moi contrairement aux autres.

"En tout cas il est splendide, ça ne vous fatigue pas trop, vous êtes des gens résistants! "

J'ai la tete qui tourne, je suis maintenant sure d'avoir compris ce que cette dame très bien sous tout rapport insinue.

- je suis sa mère dis je d'une voie blanche.

"pardon?"

-je suis sa mère.

Interloquée, la femme me fixe dans les yeux puis nous regarde  Hugo et moi tour à tour comme pour se convaincre qu'il est la chair de ma chair.

" ah mais vous vous ressemblez si peu...."

-les joies du métissage.

"En tout cas son père doit être bien blanc!"

Je n'ai jamais oublié le regard de cette femme comme je n'oublierai jamais le regard que la  mère d'une copine d'école a eu sur mon père quand elle a découvert un soir de sortie d'école qu'il était noir.
Ce soir là , elle a demandé à sa fille de ne plus jouer avec moi, nous étions en 1976.

Hugo a grandit et deux petits frères sont venir agrandir la fratrie.
Il n'est pas rare de croiser des regards malveillants et depuis quelques temps je dirais même que c'est plutôt fréquent, il est courant aussi d'entendre des propos racistes assumés.

Décembre 2015: le Front National parti raciste, fascisant, et populiste devient le premier parti politique Français.
Les électeurs sont désinhibés et vomissent leur haine de l'autre à longueur de journée sur les ondes, les réseaux sociaux, les bistros, ils pointent les pseudos responsables de leur misère, de leur échecs en choisissant de voter pour l'Extrême droite, un parti qui joue sur les peurs, ment, ferme, exclut, punit, renvoie, élimine, sélectionne, catégorise .

Je n'ai pas peur.

Je suis juste triste.

Et j'espère ardemment que nous serons suffisamment responsables, concernés et engagés pour empêcher que l'extrême-droite prenne le pouvoir dans le pays des Lumières.

N'hesitez pas à aimer la page fb des petites histoires et à y retrouver leur actualité.





jeudi 3 septembre 2015

Novembre.



Ce matin il fait froid, très froid.
L’épais brouillard des matins d’hiver ne se lève pas, le ciel est bas et gris.

Je déteste  le mois de Novembre qui célèbre les morts et les armistices et enterre définitivement les beaux jours, les rires et les fleurs.
Novembre éteint la lumière et ferme les portes des maisons, des terrasses et des jardins.
Novembre met fin aux flâneries tardives.

Le bruit des pas est chaque jour un peu plus pressé, les corps se cachent sous de gros manteaux souvent informes dont la fonction première est juste de réchauffer les os. Il semble loin le temps des jupes légères et fleuries, des rires d’enfants qui s’envolent dans les airs, des discussions tardives sur les places ombragées.

Novembre isole chacun d’entre nous.

Novembre est tristesse.

Je suis frigorifiée et comme chaque année je sais que je vais avoir froid jusqu’en Avril et que rien ne pourra me réchauffer jusque-là.E tre soignant un exercice quotidien difficile mais l’hiver la maladie prend une dimension toute particulière. Nous n’avons plus la force que donne la lumière du jour pour nous ressourcer. Je me lève, il fait nuit, je quitte la maison, il fait nuit, je rentre il fait nuit. Les quelques heures de jours sont sombres au sens propre comme au sens figuré. La grisaille est permanente. Comment rassurer, écouter, soutenir quand l’hiver est si rude ?

En novembre, les patients meurent, souvent seuls.

Et pourtant nous sommes présents, le jour , la nuit si besoin. Nous affrontons la neige, la pluie, les vents. Je déteste l’hiver. Peut-être parce que la rigueur de la saison nous plonge au cœur de la vraie vie.

Novembre nous met à nu, nous confronte à l’isolement social, la misère, la douleur, la fin de vie, la violence, sans fioritures.

Adieu aux paillettes de l’été, à l’insouciance feinte, on ne trompe pas l’hiver. Je me gare. Il pleut.
Premier patient.

Je pousse la porte de cet immeuble devant lequel je passe tous les jours. Je rencontre pour la première fois ce patient adressé par l’hôpital. Je lis les instructions notées sur un pot-it :

« rez-de-chaussée, 1ere porte à droite 1er ss »

Première porte à droite ? Je ne comprends pas, il est noté sur la seule porte que je vois « accès caves ». Ce doit être une erreur pourtant il n'y a pas de porte à gauche. D’après mes informations le patient a 52 ans, il entre en phase palliative d’un cancer du poumon. Il souhaite mourir chez lui et j’ai accepté de le prendre en charge. Je relis mes notes : « rez de chaussé, 1ere porte à droite 1er ss ». Je sors à nouveau sur le trottoir pour vérifier l’adresse.

C’est bien là.

Je reviens dans le hall et incrédule je décide de suivre les indications.Un escalier sombre et étroit me conduit au sous-sol.J’ai griffonné « porte n°4 » sur mon papier. Je ne peux pas y croire. J’avance doucement, je passe la porte n°1, mon cœur s’accélère, la porte n°2 je tremble légèrement, n°3, et j’aperçois de la lumière qui filtre au travers de la porte n°4…..Je frappe.

« Entrez Mlle Peggy entrez donc je vous attends ! »

Je pousse la porte en affichant un sourire radieux et je me retrouve face à un homme visiblement très faible.La cave a été aménagée en chambre d’hôpital.

« Alors Mlle Peggy, vous avez trouvé facilement ? »

Je n’aime définitivement pas l’hiver.